4h du mat’ j’ai des frissons, j’ai mal au ventre, c’est l’indigestion. C’est bien fait pour moi, je digère généralement très mal les œufs peu cuits et la crème au citron avec son cumulo-nimbus de blanc en neige légèrement passé au four ça n’a pas plu à mon organisme. C’est ainsi qu’entre 4h et 5h du matin, j’ai passé mon temps assise sur le trône,  à faire des jeux de mots placés entre 2 urgences. Oui les mots placés, c’est mon truc en ce moment aux toilettes. Il est 5h du matin, je suis déshydratée, il fait 35 degrés. Tout est normal ou presque. Je me recouche en sachant que le réveil sonnera 2h plus tard et hors de question de flemmarder dans le lit après que futurmari parte. Hors de question de tester un à un les trois oreillers du lit. Hors de question de prendre la position de  l’étoile de mer et profiter de toute cette place inopinée. Non, debout. J’avais ce matin, plusieurs choses à faire : allez à la supérette orientale – que je nomme affectueusement le walallaalaalaa parce que le monsieur il parle comme ça – pour acheter des amandes en poudre, concassées, effilées, de la semoule et de la noix de coco, aller chez Yves R. pour faire l’acquisition de gel pour me laver, passer à la poste chercher des timbres, rentrer, faire la vaisselle, à manger, refaire la vaisselle... Comme je pensais que ça ouvrait à 9h, j’ai demandé à futurmari de me déposer au centre ville à 8h30 avant qu’il aille au boulot. Je suis passé prendre des soussous au guichet, du pain dans la superbe boulangerie du coin, à la pharmacie pour qu’on me délivre mes éternelles hormones thyroïdienne. « Vous voulez celui-là où je vous donne le générique « Lévothyroxine »" .  « Euh … ». « C’est que depuis peu les médecins doivent marquer « non substituable » sinon vous êtes obligée de payer, mais rassurez-vous vous serez remboursée ». Moi je veux mon Lévothyrox.  De toutes manières je m’en fous, j’ai oublié ma carte vitale. Vu que je serai quand même remboursée, je n’ai toujours pas compris l’intérêt de la manœuvre à part penser que « ça fera chier les gens » et que du coup ils prendront des génériques. Dans l’histoire, on emmerde avec les génériques alors qu’on fait des boîtes en carton inutile, on décide de mettre 10 cachets par boite et quand on t’en prescrit 24 sur la semaine t’es obligé de prendre 3 boites.  Tu me dis où elle est l’économie avec ce gâchis ? Bref.

 

Je file vers le walalaallallaalalaaaa. J’arrive devant la porte à 8h56. Et là c’est le drame. « Horaire d’été : 10h00 -12h30 ». Une dame m’accoste et me pose plein de questions. « Vous savez s’ils vendent du « pain zyme » et de la poudre de thé macha, moi je veux faire des desserts diffééérents de d’habitudes, j’en ai marre des desserts de d’habitude, je cherche du pain zyme et de la poudre de thé macha ». Il est mal de se moquer des gens, très mal. « Et bien je sais qu’ils ont beaucoup de produits orientaux, le mieux sera de revenir et leur demander à 10h, à l’ouverture. ». Elle continue à me dire « Je veux faire des desserts différents, c’est bien de manger différent ». Oui oui, mais tu vois là madame,  j’ai la nausée à l’idée de manger. Si tu continues je vomis. Elle est partie avant tout signe d’agacement de ma part.

 

Je décide donc d’aller chez Yves R. en attendant. J’avais 20 minutes de marche, si j’y allais tranquillement ça ferait bien 9h30… heure d’ouverture de Yves R. Je remonte donc une grande rue pleine de pavé. Et là c’est l’abominable retour du drame : une de mes tongs, achetées le 4 Août 2012, me lâche. Le maintien de l’orteil se décroche, la semelle pendouille et s’accroche au sol à chaque pas. Je me dis que c’est pas grave, que je vais trouver vite des chaussures chez Monoprix à 15 minutes à pieds.  Outre le fait qu’il est fort désagréable de marcher avec une chaussure déglinguée qui ne tient pas très bien sur le pied, il est très irritant de voir le regard des passants sur ledit pied d’un air de dire « Oh mon dieu, elle a une tong déglinguée, c’est épouvantable, mais quel genre d’individu peut oser sortir avec ça au pied ». Non je ne suis pas parano, mais le regard froncé vers mes pieds ou les yeux écarquillés et la petite grimace, je ne les ai pas inventés. Dans un tel cas, que faire ? Ignorer les réactions d’autrui et marcher fièrement.

J’arrive chez monoprix. Chez monoprix c’est pas miniprix. Et surtout c’est assez particulier. Un peu vieillot parfois. Et que dire de ces ballerines en motif « peau de léopard » à 39 euros 90. Non vraiment je préfère marcher avec  classe et surtout décadence. Je trouve dans les rues commerçantes une boutique avec les chaussures de mes rêves, rouges avec une grosse fleur au bout. 69 euros 90. Et bien j’en rêve encore. Est-ce que des chaussures de dépannage ça peut exister ? Une autre boutique et me voilà sortie de là avec des nouvelles tongs à 15 euros. Ca fait déjà  moins peur.

 

Je sens que la journée s’arrange. Je file vers Yves R. Et là, c’est le retour du retour du drame.

« Réouverture le 29 Août pour cause de travaux ». AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH. Voilà à quelques A près, le cri  strident et enragé que j’ai hurlé dans ma tête. Mais pourquoi tant de haine ?

 

Je traîne la patte. Je jure un peu. Je râle. Je…désespère. Il est 9h40. Je redescends vers le walalalalalalalaaaa. Je marche tellement lentement que tout le monde me dépasse. J’arrive à 10h00 devant la porte. Patientant un peu. Il y a un gros camion de livraison garé dedans. Un fou passe. Il mesure le camion avec son pouce. Essaie de le soulever. Le conducteur agacé, démarre son camion et fiche un coup d’accélérateur. Le fou s’écarte, mesure encore du pouce. Il me regarde l’air ahuri. S’en va vers un feu tricolore, compte les feux, mesure le poteau, essaie aussi de le soulever. Le chauffeur du camion croise mon regard dans son rétro et me fait le signe du « il est fou lui hé !! ». Vous savez le fait de se tapoter la tempe avec l’index pour dire que ça va pas bien dans sa tête. 10h15 toujours personne. Le conducteur ouvre la vitre et me dit « Il ouvre pas à 10h normalement » , « ben, si… », « c’est pas sérieux ça ! ». A qui le dis-tu cher camionneur. Mais je veux mes amandes moi.

 

A 10h20, le vendeur arrive tout penaud, souriant. Un homme fonce dans le magasin, se dépêche de prendre des cartons de trucs et de les poser sur la caisse. J’arrive à la caisse avec mes sachets divers et hop, pas de caissier. 10h30 toujours personnes et l’autre qui continue à faire ses courses en envahissant la caisse. Je commence à avoir envie de partir. J’allais abandonner mes victuailles et rentrer en bougonnant quand à 10h35 le vendeur arrive et m’encaisse dans l’immédiat.

 

Je repars vers la poste. Ma charrette pèse un âne mort et en montant les escaliers de la poste mon genou droit se bloque et je n’arrive plus à faire un pas sans hurler de douleur. Je plie, je déplie, je plie, je déplie, je plie, je déplie et j’entends « crouik ». Je ne veux pas savoir ce qui s’est passé dans mon genou. Je prends mes timbres et je me casse, je me barre, je me tire, je retourne vers chez moi, inquiète de ce qui pourrait bien m’arriver de loufoque: un fou qui va mesurer tous les poteaux en me demandant si y’a du pain Zyme , du thé en poudre macha en générique ? Une urgence gastrique difficile à retenir ? Un déboitement définitif du genou râleur et un petit tour en camion de pompier ? Une des nouvelles tongs qui exploserait ? Rien de tout ça. J’ai trouvé mon réconfort en croisant un chat roux que je n’avais pas vu depuis un moment et dont le miaulement m’amuse beaucoup : on dirait qu’il a un chat dans la gorge et qu’il a travaillé ça au pastis pur. Il me caline les mollets, je lui gratouille la tête, il ronronne. La ronronthérapie, y’a rien de mieux.

 

Si j'avais su, je m'aurais pas levée.