Un peu de tout et de rien !

Blog qui parle de la trépidante vie de wawaa, de mouches, de musique, de trucs drôles, du CRPE, de livres, de bêtises, de trucs sérieux, un blog bien quoi ! Non?

lundi 7 septembre 2009

Flix, Tomi Ungerer.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas rédigé  un petit billet de littérature de jeunesse… Peut-être pensiez-vous qu’en ayant renoncé définitivement au CRPE, j’avais aussi renoncé à la littérature de jeunesse ? Certainement pas ! S’il y a bien une chose positive que m’ont apporté mes tentatives d’avoir le fameux concours, c’est bien ce goût de cette littérature dite pour enfant et que je considère tout autant destinée aux adultes grâce aux valeurs qu’elle véhicule et que les grands oublient parfois.


Je continue donc à adorer ce genre d’ouvrage, d’ailleurs j’en emprunte régulièrement à la bibliothèque et de temps en temps je fais un petit cadeau. C’est ce qui m’est arrivé avec Flix, de Tomi Ungerer, le GRAND Tomi Ungerer dont l’œuvre tout entière est une pure merveille. Je flânais dans la nouvelle librairie d’Auch quand je suis tombée sur ce petit livre. Il me semblait qu’on me l’avait conseillé et puis si c’est Tomi, j’achète aussi !

C’était donc Flix. Un drôle de nom qui me laissa penser à une enquête policière. Un chien sur la première de couverture à l’air triste, il a derrière lui l’ombre écrasante d’un chat, intrigant. Sur la quatrième de couverture, le chien, heureux cette fois-ci, porte un chat joyeux. J’ai donc lu le livre, bien intriguée.

Flix


Un couple de chats attend un bébé, ils sont comblés par la vie. Mais l’enfant né est un chien, une sombre affaire de génétique due à une amourette entre une aïeule du papa et un chien. Ils décident de l’appeler Flix. Différent, il sera rejeté du monde des chats, mais il va se surpasser, devenir brillant, courageux et généreux et va finalement s’attirer l’amour de tous. Et pour que cette merveilleuse histoire perdure, Flix rencontre une demoiselle Caniche en la sauvant des flammes, ils se marient et mettent au monde un petit…chat !


J’aime beaucoup cette histoire parce qu’elle est à la fois amusante, forte, émouvante. Elle met en valeur deux mondes bien séparés culturellement : celui des chiens et des chats qui ont chacun des toponymes se rapportant à leur race : Chatville, Clébardville. Il ya une limite géographique à leur communauté. Et pourtant à l’intérieur des deux communautés il y a des différences, mélangées, bien intégrés, ainsi chez les chiens, vivent en harmonie, « les lévriers, les afghans, les chows-chows et les pékinois » au sein de leur quartier, tout comme chez les chats, un quartier réunis « des persans et des siamois, des birmans et des burmans, des somaliens et des abyssins, des balinais et des javanais ». Et pourquoi pas une harmonie entre chiens et chats ?

L’auteur fait là une nette dénonciation du racisme –thème qui lui est cher, puisqu’il a vécu la seconde guerre mondiale et thème que l’on retrouve dans de nombreux de ses ouvrages - par les réactions des uns et des autres face à ce petit chien né dans la communauté des chats. Il est rejeté parce que différent, il est accablé par les journaux qui le qualifient de « monstruosité génétique » alors qu’il n’est que le fruit de l’amour ! Il y a une référence à la ségrégation également, notamment dans l’image du restaurant où une pancarte dit « Interdit aux chiens » alors que Flix y mange avec ses parents et sa femme qui n’est autre qu’un caniche. Les lois idiotes sont transgressées tout à coup, le monde a évolué.


Et pourquoi ce monde a évolué ? Parce que Flix y a vu le jour. Flix c’est le lien entre les deux communautés, c’est la personne qui a unit les deux communautés. A commencer par son nom, Flix rappelle Félix nom couramment donné aux chats et sonne comme Rex, nom plutôt canin. Flix parle la langue des chiens, Flix parle la langue des chats, il est doté d’une double culture, sait aider les uns et les autres. Flix est la preuve que le métissage n’est pas une abomination mais une source de richesses culturelles et d’épanouissement.

Pour que les deux communautés se réconcilient il fallait qu’elles vivent ensemble et qu’elles procréent ensemble. Flix c’est l’histoire d’un melting pot réussi.


Les animaux représentés sont anthropomorphiques car oui, le but est de montrer que les communautés humaines s’entendent parfois comme chien et chats et que pourtant, de leur union, il en naît des merveilles, comme Flix.


A bon entendeur …Et merci Tomi !

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vendredi 12 juin 2009

Littérature de Jeunesse, le retour !

Vous pensiez que parce que j'ai abandonné les histoires de CRPE j'aurais définitivement abandonné la Littérature de Jeunesse ? C'est mal me connaître. Il faut dire que j'ai quand même d'autres occupations, mais j'ai toujours ma collection de livres de jeunesse, que je complète de temps à autres. Dernièrement, les vide-greniers m'ont permis de trouver quelques livres sympa et surtout une magnifique édition des Fables de La Fontaine de 1982. Vieille édition tout de même. Moyen vieille allez ! Parue l'année qui précède ma venue au monde, on va dire qu'elle commence à être ancienne ! Du moins elle n'a rien à voir avec les actuels albums qu'on croise dans les bibliothèques ou dans les librairies !

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Les illustrations de style ancien m'ont immédiatement charmée ! En même temps, pour 1 malheureux petit euro, c'était difficile de résister !

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Ah oui et puis je suis en train de lire Le Roi des casse-pieds de Judy Blume et c'est un régal ! Je vous en reparle bientôt !


Gersicotti Gersicotta est fan d'Arnaut de Moles !

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dimanche 16 novembre 2008

Rougejaunenoireblanche, Brigitte Minne, Carl Cneut

En ce moment l'on parle suffisamment de l'élection d'Obama comme un miracle que cela m'écœure. Car oui, c'est soit-disant un miracle parce qu'il est noir, mais pourquoi le faire remarquer à tout bout de champ qu'il est "noir" ? N'est-il pas censé être tout naturel que les hommes de quelques couleurs qu'ils soient, se mélangent et puissent diriger les nations du monde ? J'étais un peu plus énervée lorsque les journalistes ont insisté sur le fait qu'un préfet noir avait été nommé en France ! Cela ne devrait pas nous surprendre, être exceptionnel, cela devrait être naturel. C'est pourquoi aujourd'hui j'aimerais vous parler d'un album de jeunesse, tout simple et si vrai qui rend naturel l'union de ce qu'on ose appeler "différences". Il s'agit de RougeJauneNoireBlanche de Brigitte Minne et de Carl Cneut aux éditions Pastel. C'est un vrai hymne à la tolérance.


La couverture laisse rêveur quant à cet univers sans différence de couleur : elle présente 4 enfants l'un en blanc, l'un en jaune, l'un en noir, l'un en jaune, tous sur la même branche. Le titre, formé des quatre adjectifs de couleurs collés tous ensemble, est tout aussi parlant car il sera question d'union et d'amitié.

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Rouge, Jaune, Noire et Blanche ont une cabane dans un arbre. Mais un jour, Rouge s'exclame : "Dorénavant, l'arbre est à moi, la cabane est à moi et tous les jouets aussi!" Jaune, Noire et Blanche se regardent, incrédules. Et Noire sent monter en elle une terrible colère... Rouge se retrouve tout seul, pendant que les trois autres tentent de rénover et utiliser un bateau. Rouge se rend compte qu'en tant que petit chef il est insupportable, elle rejoint ses amis, leur propose son aide et finalement, ils se partagent tour à tour les commandes du bateau.


Il est donc question de tolérance, de solidarité et d'amitié. Les quatre enfants se rendent vite compte qu'elles ne peuvent continuer à être heureuse que si chacune participe à l'élaboration du bateau : d'ailleurs celui-ci, au final revêtira les couleurs de chacun. Ils se rendent compte aussi qu'ils sont aussi importantes les uns que les autres : cela leur permet de passer chacun leur tour aux commandes. Je citerai la fin :


"Depuis ce jour, chacun prend la barre à son tour.
Si vous voyiez à quelle vitesse file leur bateau !
Ils en oublient même de rentrer"


Cela illustre bien les expressions "Tous dans le même bateau" et "Se serrer les coudes", car leur réussite collective n'est due qu'à leur union !


En ce qui concerne les illustrations, elles sont tout à fait magnifique. Carll Cneut illustre l'album à merveille en mélangeant chaque fois dans les proportions qu'il faut les couleurs des quatre enfants, c'est-à-dire en adéquation avec ce qui est raconté.


En voilà un bel album tendre et émouvant, il laisse éclore ces fleurs magnifiques que sont l'amitié, la tolérance, la solidarité, l'écoute de l'autre …


Gersicotti Gersicotta vous fait visiter La Tour de Termes d'Armagnac !
Pondéralement Vôtre sait comment ne pas vieillir trop vite !


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dimanche 7 septembre 2008

Littérature de Jeunesse : Mes coups de coeur !

Parce que beaucoup de recherches sur le sujet atterrissent par ici, mais aussi parce que parfois je ne me souviens plus de ce que j'ai déjà posté, voici un petit récapitulatif des œuvres de littérature de jeunesse qui ont fait battre mon cœur et briller mes yeux (dans l'ordre chronologique de leur publication).

-Le Génie du Pousse-Pousse, de Jean Côme Noguès, qui a est l'album que j'avais choisi pour mon oral.

-Octave et le cachalot, d'Alfred et Chauvel

-Nathalie , Sergio Salma

-Journal d'un Chat Assassin, Anne Fine

-Le Nuage bleu, Tomi Ungerer

-Quel cafouillage !, Giani Rodari

-Moi, Ming , Clotilde Bernos, Nathalie Novi

-Le Journal de Grosse Patate, Dominique Richard

-Qui est au bout du fil?, Claire Franek

-Octave et la Daurade Royale, Chauvel, Alfred, Walter

-Misto Tempo, Olivier Douzou

-Robert, Niklas Radström, Bruno Heitz

-De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête, Werner Holzwarth, Wolf Erlbruch

-Octave et le Manchot Papou, Chauvel, Alfred, Walter

-Octave et le fou de Bassan, Chauvel, Alfred, Walter

-Le cochon à l'oreille coupée, Fromental, Hyonan

-La couleur des sens, Gustavo Roldan

-La Grande Question, Wolf Elbruch

-Le Génie de la Boîte de raviolis, Germano Zullo

-Où est petit tigre? Anushka Ravishankar, Pulak Biswas

-Jean de la Lune, Tomi Ungerer

J'en profite pour rappeler que ces analyses sont personnelles et très souvent trop littéraires et qu'il est risqué de les utiliser dans leur moindre détail pour d'éventuels exposés !



Vous rêviez (ou pas) de savoir pourquoi Plieux s'appelle Plieux ? Gersicotti Gersicotta vous le dira !

Du chocolat sur Pondéralement Vôtre!

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lundi 21 juillet 2008

Jean de La Lune

S'il est une valeur que j'aime croiser dans les albums de littérature de jeunesse c'est bien celle de tolérance. C'est une valeur récurrente dans l'œuvre génialissime du formidable Tomi Ungerer, - je l'adore, ça se voit pas hein?-, et Otto, autobiographie d'un ours en peluche ou Le nuage bleu  que j'aime tout particulièrement, en sont la preuve.


J'ai craqué dernièrement à la librairie pour Jean de la Lune du même auteur. Pourquoi? Parce que j'ai pressenti en voyant la couverture qu'il allait également s'agir d'une belle histoire invitant à la tolérance.

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Sur cette couverture, un homme entièrement blanc, hume une rose avec un agréable étonnement dans un décor végétal.


Mais que raconte l'album? Jean de la Lune est pelotonné dans la lune mais il s'y ennuie. Il meurt d'envie de s'amuser comme les gens qu'il observe sur terre. Grâce à une comète, il parvient à venir sur la planète Terre. Mais son atterrissage brutal effraie tout le monde. Il se retrouve en prison, mais réussit à s'échapper. C'est là qu'il découvre la beauté de la nature et la liberté, autre valeur évoquée dans l'album. Un bal masqué l'accueille, puis il doit à nouveau semer la police. C'est là qu'il rencontre un savant fou qui le renvoie sur la lune.


Je ne vais pas faire une analyse comme j'en fais d'habitude, pour vous inviter à vraiment découvrir cette album par vous-même. Seulement, il faut remarquer dans cet ouvrage deux choses tout à fait importante, même si je me répète. La notion de liberté est montrée dans un cadre d'adéquation avec la nature : apprécier les choses qui nous entourent, les différences etc… La notion de tolérance est très représentée : c'est uniquement dans le bal masqué,Jean de la Lune n'est pas poursuivi ou montré du doigt comme pour montrer à quel point le règne des apparences est inepte et qu'il faut s'ouvrir vers les  différences.


Encore une fois, merci Tomi.

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dimanche 8 juin 2008

Avis de recherche de petit félin sauvage…

Où est Petit-Tigre?



J'ai découvert récemment grâce à une demoiselle CRPienne qui m'a contactée après avoir visité mon blog, un petit livre intitulé Où est petit tigre? dont l'auteur est Anushja Rivishankar, née en Inde et très connue à travers le monde. Cet album mettant en scène un petit conte de sagesse a été créé "à l'envers". En règle générale, l'auteur écrit le texte, puis l'illustrateur complète l'album en collaboration avec l'auteur. Ici, l'illustrateur Pulak Biswas, indien également, a présenté ses illustrations ce qui a inspiré Anushja Rivishankar. Et le résultat est très intéressant puisque les illustrations et le texte collaborent fortement. Cela montre aussi qu'un conte ne s'écrit ou ne se dit pas qu'avec des mots et qu'il est possible de raconter des histoires par des images, mais ça nous le savions déjà.

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Un petit tigre se jette à l'eau et nage jusqu'à des terres inconnues, il y rencontre une chèvre dont il a peur et des hommes qui le capturent et finissent par lui rendre sa liberté.


La première de couverture est tout à fait intéressante car elle peut paraître complètement saugrenue : un tigre dans l'eau? Autant mettre un poisson dans l'air. Que peut bien faire un tigre dans l'eau? D'autant plus que l'image ne répond pas  comme on le voudrait à la question posée par le titre. Mais ce titre implique qu'on le cherche, il est donc perdu, et ici perdu dans l'immensité de l'eau qui de la première de couverture à la dernière de couverture ne semble pas connaître de limite.


Au-delà de la morale véhiculée sur laquelle je reviendrai dans quelques lignes, il me semble important de signaler quelques particularités. Pour commencer, tout le texte est écrit en vague pour montrer probablement plusieurs petites choses importantes à mon sens. J'y vois l'immersion du tigre dans l'inconnu tout au long de l'histoire, l'inconnu étant symbolisé par l'eau et son immensité puisqu'il hésite à y plonger. J'y vois aussi le fait que le lecteur est plongé dans le texte comme le tigre est plongé dans l'eau, l'océan du texte et donc l'inconnu pour lui aussi. J'y vois aussi que le texte matérialise "l'eau" quand elle n'est pas présente dans les illustrations d'origine, c'est le cas par exemple de la première double page. Pour continuer je commenterai aussi le "plongera" de la seconde double page qui  prend la forme du soleil "couchant". Petite allusion au soleil qui dans son mouvement apparent "plonge" dans l'eau et y disparaît? Ce soleil est d'ailleurs des mêmes couleurs que le tigre: le tigre est prêt à plonger, le soleil aussi, d'ailleurs dans la double page suivante, quand on voit le tigre à l'eau, le soleil n'y est plus ! Le jeune tigre va faire également une découverte complète du monde : l'eau, l'air, les autres animaux, l'homme…



L'album aide à réfléchir sur le thème de la peur de la différence, la peur de l'autre et de la liberté.


En effet, l'album expose une sorte de réactions en chaîne de frayeurs : le petit tigre a peur d'une inoffensive chèvre et vice et versa et les hommes ont peur du petit tigre. L'inconnu est souvent codé comme "danger" dans les esprits : la chèvre qui bêle, le tigre et ses crocs, l'homme qui capture. Le tigre étant tout de même l'animal considéré comme le plus dangereux des trois. Tous réagissent donc de la même manière face à l'inconnu alors qu'ils ne craignent rien : "Il ne faut pas se fier aux apparences" dira le dicton. Dans une des illustrations, le tigre se retrouve dans un coin face à la chèvre dans l'autre coin. Le texte "Aaaah au secours!" est écrit entre eux deux, comme s'ils se partageaient ses paroles, comme s'ils étaient deux à s'exprimer et à s'effrayer de leur différence.


Les hommes mettent tout en œuvre pour capturer la bête qu'ils codent "dangereuse" étant donné leurs réactions excessives. Ils enferment le petit-tigre dans sa différence en le parquant dans un enclos orange et noir comme lui. On peut déjà là y trouver une réflexion sur la liberté : être considéré comme différent en apparence c'est perdre une certaine liberté prise par ceux qui portent un regard discriminatoire sur soi. Une illustration montre d'ailleurs le petit tigre presque "fondu" dans les mailles du filet, comme s'il n'existait plus après avoir perdu sa liberté.


Cette réflexion sur la liberté sera plus profonde lors du dénouement : une fois capturé, les hommes se demandent ce qu'ils peuvent bien faire de Petit-Tigre. L'envoyer au Zoo? L'attacher? Le peindre en bleu?  Ces trois actions nuiraient à la liberté même du tigre puisque les deux premières en feront un prisonnier physique qui ne pourra plus profiter de découvrir le monde comme il avait pu le faire jusque là, et que la troisième en fait une "propriété" parce qu'il devient un objet, un jouet dont ils feront ce qu'ils veulent jusqu'à le peindre en bleu, cette dernière idée étant une idée absurde.

L'un des hommes propose alors de lui "rendre sa liberté" : tous votent pour. Petit-Tigre peut rentrer chez lui.

Cette notion de liberté se construit tout au long du texte : au départ le jeune tigre choisit librement de plonger et d'explorer, il est libre d'être lui-même c'est-à-dire d'être différent des autres, il est aussi libéré de sa prison et donc connaît le respect de son état de liberté. Notion autour de laquelle gravite celle de l'acceptation de l'autre, de la différence qui passe d'abord par la découverte d'un monde vivant varié (une chèvre, de l'eau, des arbres, des hommes, un oiseau…), mais aussi par l'utilisation de deux couleurs uniquement avec le noir et le oranges : le noir faisant peur au orange et vice versa. Il y a peut être quelque chose à creuser à ce niveau là.


Pour terminer, concernant quelques activités en classe, l'album est très bien fait pour organiser à mesure de la lecture des petits débats sur ce qui va se passer, la compréhension du récit ou encore sur des notions à titre philosophique. Evidemment, cet album même paraissant réservé à un public de maternelle, est facilement utilisable en CP, peut-être dans le cadre justement de petits débats qui peuvent tout autant être réalisés avec des maternelles. Le jeune âge n'étant pas un problème puisqu'ils savent très bien s'exprimer à cet âge là et surprendront plus d'un enseignant par leur découverte. Il ouvre à des perspectives créatrices : des dessins, des histoires, des dessins et des histoires…Liste d'idées non exhaustives.


Et dire que ma première impression en le lisant était plutôt mauvaise, comme quoi plusieurs relectures peuvent aider à bien s'approprier un ouvrage!

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samedi 24 mai 2008

Le génie Panzani !

Le Génie de la boîte de raviolis.



Qui n'a jamais rêvé de rencontrer un génie d'Aladin qui pourrait exaucer ses vœux d'un claquement de doigts? Qui n'a jamais tenté d'imaginer quels vœux il ferait? Les plus judicieux, les plus utiles? Les plus honnêtes? Ou les plus égoïstes?


Vous qui cuisinez plus ou moins souvent à l'aide de boîte de conserve, peut-être y avez-vous déjà trouvé quelque chose d'insolite…Que sais-je? Un coton tige au milieu des haricots verts? Une allumette perdue dans le maïs? Une bague de fiançailles déposée avec humour dans une boîte de cœurs d'artichauts? Ou encore un billet de 500 euros dans une boîte de petits pois carottes? Mais il est fort improbable de trouver tant d'argent dans une boîte, donc inutile de vous jeter frénétiquement sur vos boites de petits pois carottes qui font un bon duel.


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Et bien figurez vous, qu'Armand, protagoniste du Génie de la Boite de Raviolis a trouvé un génie dans …une boite de ravioli. C'était déjà assez clair dans le titre. J'ai commandé ce livre de Germano Zullo il y a 10 jours car je compte bien l'utiliser pour certaines parties de mon exposé de Littérature de jeunesse sur le Génie du Pousse-Pousse de Jean-Côme Noguès . Et puis il faut l'avouer franchement, le titre il pète du feu de Dieu.


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Armand est ouvrier dans une usine qui produit des boîtes de raviolis. Sa vie est monotone: toute la journée il tamponne les boites puis prend le métro et rentre chez lui dans un HLM où il cultive une passion pour les fleurs. Un soir, alors qu'il ouvre une boîte de raviolis pour son repas, un génie peu ordinaire apparaît. Armand a droit à deux vœux : il opte pour une grande prairie pleine de fleur et un festin gastronomique. Alors que le génie ne peut plus rentrer dans sa boîte, Armand lui exauce un vœu à son tour : rester les pieds dans l'eau d'un frais ruisseau.



On a affaire au tout début de cette bande dessiné à une représentation habile d'un monde uniformisé, monotone, le monde de l'industrie de consommation dans lequel nous vivons et matérialisé par le travail à la chaîne répétitif et du clônage des HLM, tous identique et se succédant à l'infini. Les motifs des carreaux ou encore la numérotation des choses et des personnes en sont également des exemples concrets.


On nous montre également un monde sans saveur et sans authenticité : les boites de nourriture nécessitent des exhausteurs de goût ce que nous pouvons constater dès la seconde vignette et la sauce tomate nécessite d'être colorée. Un monde menteur. Et pour couronner le tout, Armand tamponne ces boites d'un Label Qualité garantie. C'est un monde dominé par le commerce alimentaire : tout au long de son trajet, Armand croise une foison de publicités pour des produits à manger ou des magasins alimentaires. S'ajoute à cela les numérotations des choses et des gens : nous sommes dans un monde surorganisé et peu original.


Ces premières pages laissent une impression d'enfermement à trois niveaux :


-Au niveau de l'espace, très encombré par les mêmes choses et donc chaque partie est destiné à une fonction particulière. C'est un espace réduit et non personnalisé et donc avec peu d'humanité.


-Au niveau du temps : tout est une question de timing : le temps de travail, le temps du trajet, la nuit pour dormir et on recommence.

-Au niveau psychologique : la monotonie et la routine rendent monotones les gens et enferme leur personnalité. Armand est le seul à cultiver une fleur sur son balcon de tout son immeuble.



Après cette représentation maussade de la ville moderne, faite de tours de béton, l'originalité prend le pas progressivement. D'abord avec la fleur cultivée par Armand sur son appui de fenêtre, modeste rivale du grand colosse urbain qu'est le HLM. Puis avec la simple apparition du génie. Il sort d'une boîte de raviolis et bouscule toutes les normes attendues concernant l'archétype fréquent du génie dans les contes :


-Il ne sort pas d'une lampe qu'on frotte
-Il ne propose que deux vœux

Le décor urbain s'efface peu à peu laissant place à l'infinité céleste. Seule la table avec le tapis à carreau reste.

Tout ce que propose le génie à Armand sort du cadre monotone présenté plus tôt. Mais Armand préfère un coin de verdure avec des fleurs que dans l'excès il transforme en une immense prairie peuplée d'animaux et de fleurs. Le fait qu'il demande un festin gastronomique du temps des rois contrebalance cette façon de cuisiner rapide avec les boites de raviolis. Tout le monde moderne est contrebalancé. La nature et la saveur reprenne leurs places, le naturel reprend le dessus sur le superficiel et l'artificiel.


Alors qu'un génie rentre toujours facilement dans sa lampe, et c'est la encore une différence avec les autres génies, notre génie des raviolis n'arrive pas à retourner dans sa boite, sans doute parce qu'il a trop mangé lors du festin gastronomique.


Le monde monotone est alors ré évoqué avec les occupations habituelles du génie : compter les raviolis toutes la journée. Armand s'y refuse et prend le pouvoir magique pour lui exaucer un vœu. On remarquera que la nouvelle norme établie de deux vœux est elle-même bousculé et que le génie est surpris à son tour par le fait de n'avoir droit qu'à un vœu : se retrouver les pieds dans l'eau d'un frais ruisseau.


L'histoire aurait très bien pu s'arrêter à la réalisation des deux vœux d'Armand, mais ce qui a été donné a été d'une certaine façon rendu. On a une véritable satyre du monde moderne monotone, industrialisé, superficialisé, artificialisé.  Réflexion qui peuvent être l'objet de divers débats en classe et se prolonger sur des sujets portant sur les habitudes alimentaires ou encore l'environnement. Il est aussi intéressant de travailler sur la figure du génie qui n'est pas tout à fait habituelle en lisant d'autres albums, contes ou bandes dessinées dont l'un des personnages est un génie.



Bref, un chouette livre, qui a même été l'objet d'un film !

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Rien à voir, mais si vous voulez en savoir plus sur un illustre gascon né dans le Gers, c'est par là.

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samedi 17 mai 2008

Avis aux candidats qui ont choisi l'option Littérature de jeunesse

Lisez ce billet jusqu'au bout si vous voulez réussir votre exposé.


Les oraux approchent et vos exposés ne sont pas prêts, pas bouclés, voire pas commencés. C'est la panique à bord et vous vous ruez, telles des hyènes affamées, sur votre meilleur ami google afin qu'il vous déniche les informations qui vous aideront à avancer et feront de votre exposé une petite merveille !


Comment je sais ça? Je suis comme vous! Je suis candidate au CRPE avec l'option Littérature de jeunesse et j'ai souvent fait des recherches sur le net pour mon exposé. Je le sais aussi grâce à mon module de statistiques qui chaque jour me donne des pics impressionnants de visites et met en avant les visites des pages de ma catégorie Littérature de Jeunesse. Bref, vous faites exploser mes statistiques, bande de retardataires de l'exposé pas fini ! La plupart des mots-clés qui mènent à mon blog, en dehors des mots-clés tendancieux, sont constitués d'un titre d'album ou d'ouvrage littéraire destiné à la jeunesse ou de l'intitulé "Littérature de jeunesse".


J'aimerais donc faire part à cet ensemble de visiteurs là, de ma déception. Oui, MA DECEPTION. J'avais toujours perçu cette catégorie de mon blog comme un possible lieu d'échange et de débat avec des candidats qui comme moi seraient passionnés et ce pas forcément en tant que candidat. Et là, malgré toutes ces visites, dont certaines dépassent la demie heure de lecture, je n'ai rien récolté comme commentaire. RIEN. En ces temps où l'on prône que le débat en classe est vecteur d'apprentissage de vie et de partage en société, je me dis que nous, adultes, ne sommes même pas capables d'échanger et débattre, alors que nous nous destinons en partie à enseigner cela.


Attention, NE VOUS MEPRENEZ PAS SUR MES INTENTIONS. Ce ne sont pas des remerciements que j'attends. Si j'ai publié ces analyses tout à fait personnelles, c'est surtout que j'aime lire la littérature de jeunesse et la décortiquer. Ce que j'espère des visiteurs c'est une "réaction", "un petit grain de sel, de sucre ou de poivre", "une interaction", "une opinion", "une critique" (méliorative ou péjorative peu importe), bref, quelque chose de CONSTRUCTIF. Mais rien de rien. Je suis déçue. A l'heure où je  pensais qu'un blog pouvait être un lieu d'intéraction sociale, je vais réviser mes jugements. Alors S'il vous plait, visiteurs, visiteuses, faites un effort ! Je doute que vous apprécieriez qu'on vienne se servir de votre travail sans en discuter un minimum avec vous. Pensez que derrière ces articles, il y a une personne comme vous qui prend du temps à rédiger et à mettre tout ça en ligne. Lui laisser votre avis et vos réactions c'est aussi l'aider elle comme elle peut vous aider vous dans vos recherches.


A propos de "se servir". Faîtes très attention à ce que vous copiez-collez par ici. Non pas que ça me dérange, pour être honnête, je m'en fiche. Mais ne copiez pas comme si vous aviez trouvé un document important. Cela n'a rien à voir avec les analyses que vous pouvez trouver sur des sites officiels. Je préfère vous mettre en garde vis-à-vis des contenus que vous pouvez y trouver. Il faut savoir que j'ai une licence de lettres modernes et que je suis relativement assez parasitée par ça. A savoir que j'ai une fâcheuse tendance à faire des analyse trop littéraire, à oublier l'aspect pédagogique et à partir dans mes délires.


Donc, soyez sélectifs, débattez et n'oubliez pas l'intitulé de l'épreuve de littérature de jeunesse.


A BON ENTENDEUR…

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Pour en savoir plus sur les modules de stat' lisez l'article qui s'y rapporte.


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lundi 3 mars 2008

Pourquoi ?


La grande question, Wolf Erlbruch


Ne vous êtes-vous jamais posé des tonnes de questions existentielles lorsque vous étiez haut comme trois pommes? Pourquoi le ciel est bleu? Pourquoi la nuit on dort? Pourquoi je dois manger? Pourquoi les mères ça hurle "A TABLE"? Pourquoi les adultes boivent-ils du café? …Pourquoi suis-je né(e) ce jour là? Pourquoi c'est comme ça? Pourquoi les gens qui vivent de l'autre côté de la planète n'ont-ils pas la tête en bas? Pourquoi? Pourquoi? POURQUOI?

Je me posais, me pose et me poserai encore autant de questions existentielles tant que je n'aurais pas vraiment pu les élucider. Et c'est peut être pour ça que j'ai beaucoup aimé ce petit livre de Wolf Erlbruch intitulé La grande question. Si je l'ai pris en fouillant dans le bac des albums, c'est parce que je connaissais le nom de l'auteur qui a écrit l'excellent "De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête" .

 

LaGrandeQuestion


Plusieurs personnages humains,animaliers ou même des chiffres répondent à une question : pourquoi sommes-nous sur terre?.  Cette question n'est jamais posée, on la devine de par les réponses de chaque personnage. La quatrième de couverture, dans sa présentation brève de l'œuvre, suppose que la question est posée par un enfant. Il s'agit bien d'un enfant, mais cela laisse à penser que nous sommes tous, quelque soit notre âge, à même de nous la poser régulièrement et d'y apporter peut être, avec le temps, de nouvelles réponses.



La première de couverture présente un arc de boule bleue sur laquelle marche un enfant à l'horizontal. Cette boule bleue représente sans doute la terre, l'enfant celui qui pose ou doit répondre à la "grande question".


L'entrée dans l'album se fait in medias res : on entre directement dans le vif du sujet. Une réponse à une question est donnée. La question est effectivement posée par un enfant puisque c'est "le petit frère" qui répond. On assiste alors de doubles pages en doubles pages à un défilé de réponses drôles et/ou émouvantes. Tous ont une réponse subjective: parfois très proche de leurs activités quotidiennes : le marin est là pour naviguer sur la mer, l'oiseau pour chanter, le chiffre 3 pour être 3 … Beaucoup de valeurs comme la patience, le courage, le travail, le don de soi, la confiance en soi, l'amour d'autrui en ressortent.


Au centre du livre, c'est "la mort" qui s'exprime à ce sujet. "Tu es là pour aimer la vie". C'est un point central matériellement et narrativement : cette réponse de la mort réunit en somme toutes les autres réponses qui sont des "morceaux de la vie".


Le trait est léger, agréable et vivant. Je me demandais ce que signifiaient certains motifs : quadrillages, des notes de musique. J'ai trouvé une explication ici : http://ww2.ac-creteil.fr/crdp/telemaque/document/erlbruch.htm


"La lecture de cet album permet de nouveau de constater que Wolf Erlbruch fignole les moindres détails (découpage de la partition réelle de la neuvième symphonie, utilisation du plan de Turgot pour la tenue du soldat...). Une autre ligne de force du travail de Wolf Erlbruch apparaît directement ici : le jeu entre la règle et le chaos (utilisation des tables de logarithmes, du papier quadrillé, des livres comptables... ). L'utilisation du hors champ dans de nombreuses pages rappelle la technique du peintre chinois Zao Wou-Ki qui travaille aussi avec des éclatés de noir sur un fond crème."


Le but est en fait de montrer qu'il n'y a pas de réponse toute faite, "réglée" comme le papier quadrillé ou le papier à musique, pas de réponse logique que les mathématiques pourraient apporter et donc que les réponses forment une liste non exhaustive et non ordonnable.


A la fin de l'album, une page de cahier quadrillée est mise à disposition du lecteur. Il pourra y noter la date et la nouvelle réponse qu'il aura trouvé à la Grande Question en grandissant. Le lecteur devient acteur et rédacteur d'un livre qui finalement s'écrit à l'infini, c'est le livre de la vie...

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jeudi 24 janvier 2008

La couleur des sens : un livre en noir et blanc de toutes les couleurs

Colore, le monde...

Ferdinand de Saussure, grand nom de la linguistique, expliquait que le langage fonctionne selon une double articulation : le sens et le code sonore/écrit. Ainsi chaque mot a une double facette : le signifiant, ce que souvent on appelle « l’image acoustique et/ou visuelle » et le signifié, c'est-à-dire le référent du signifiant, ce que le signifiant artificiel désigne dans le monde réel. Pour être plus claire, chaque mot s’écrit et se prononce d’une certaine manière, mais cette façon de prononcer n’a pas de rapport avec la chose à laquelle ce mot se rapporte. En effet, le mot « chat » tel qu’il est écrit ou prononcé n’a pas de lien direct avec l’animal à quatre pattes qu’il désigne. En dehors des onomatopées, -même si elles changent quand même d’une langue à une autre- , toutes les images écrites ou acoustiques des mots n’ont aucun lien avec leur référent. Mais ce qui est magique avec les mots, c’est qu’ils peuvent avoir des référents divers selon notre vécu, nos sentiments. J’aime à dire que les mots sont subjectivement polyréférentiels parce que ça me fait plaisir. Je ne dis pas qu’on peut faire n’importe quoi des mots, mais que notre esprit rempli d’expérience et de souvenirs permet de pouvoir leur associer des tas de sens, des tas de références…Et c’est toute la magie du langage et de notre cerveau qui permettent d’associer à un mot foison de sens différents. De nombreux auteurs jouent de ses associations de sens, loufoques ou non, qu’on retrouve au travers des figures de styles comparatives, des métaphores, des jeux de mot, des jeux sur les mots. Rimbaud avait aléatoirement associé des couleurs aux voyelles, Baudelaire jouait sur les sens ,les correspondances entre les sensations.

Mais pourquoi une introduction linguistique pour parler d’un album de Littérature de Jeunesse ? Parce que dans La Couleur des Sens : un livre en noir et blanc de toutes les couleurs, de Gustavo Roldan, il est question de multiples référents se rapportant au cinq sens pour chaque signifiant des couleurs. C’est un album extrêmement bien construit qui invite à faire parler son imagination et sa sensibilité.

 

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Un petit personnage y pose une casserole sur sa tête et exprime sa manière de voir les couleurs à travers ses autres sens jusqu’à ce qu’il aille se coucher.

 

J’aime beaucoup le titre. « La couleur des Sens » est je trouve, une expression très poétique, jolie, à la fois simple et intrigante. On s’imagine alors qu’on va attribuer une couleur au goût, au toucher, à la vue, à l’ouie, à l’odeur …On ne sait pas trop à quoi s’attendre, mais on a envie de découvrir quels sens vont être sollicités et pourquoi. A ce titre est attribué un sous-titre à la fois comique et paradoxal : « Un livre en noir et blanc de toutes les couleurs ». Comment cela peut-il à la fois être en noir et blanc et de toutes les couleurs ?

 
Des tâches d’encre roses et oranges sont dispersées sur la première de couverture. Le tout sur un fond blanc. Sur le bas, se tient debout un personnage avec un long nez, un long corps et une casserole sur la tête avec un animal étrange à ses côtés. Le trait est simpliste mais agréable. On peut déjà rapprocher ces illustrations avec le titre : on a effectivement à la fois des couleurs et du noir et blanc. Toutes les hypothèses peuvent être émises : va-t-on parler d’un aveugle ? Jouer aux peintres ? Quel est le rapport avec le personnage ? Comment peut-il voir des couleurs alors qu’il a une casserole sur la tête ? Sur la quatrième de couverture plusieurs couleurs se rejoignent et à l’intérieur est écrit « à lire et délire » avec le « » de « lire » en rouge et gras. Un joli jeu de mot que nous éluciderons après avoir parlé plus profondément de cet album original. Cependant, ce jeu de mot nous donne envie car il sous entend que le lecteur va s’y amuser et apparemment pouvoir y participer.

En ouvrant le livre et en le parcourant, on voit toutes les couleurs, mais beaucoup de noir et blanc. Le texte est écrit en blanc sur fond noir et accompagné de tâches colorées selon la couleur qu’il évoque, le tout sur la page de gauche. Les illustrations de la page de droite sont en noir et blanc et appellent à une imagination colorée en corrélation et complétion du texte.

Les couleurs apparaissent au fur et à mesure du texte, on part du blanc vers le noir. On reste toujours dans l’optique du sous titre : les couleurs sont encadrées par le blanc et le noir. Les tâches colorées sont là pour permettre à l’imaginaire de colorier les éléments du texte présents dans les illustrations.

Les 5 sens, la vue, l’ouie, le toucher, le goût et l’odorat sont exploités tout au long de l’album. Chaque couleur appelle un sens différent de celui de la vue qui est le premier sens cité dès le début du texte « Je peux voir les couleurs d’une autre manière », on sait d’emblée qu’il sera donc question de solliciter de jouer avec les autres sens.

 

                       
 

Sens sollicités

 
 

Références

 
 

La vue

 
 

« Les yeux », « voir »,   « lumière »

 
 

L’ouie

 
 

« Le bruit », « le murmure   silencieux » « clic ! »

 
 

Le goût

 
 

« la saveur »

 
 

Le toucher

 
 

« réchauffe », « mon visage au   soleil », « frais »

 
 

L’odorat

 
 

« odeur », « parfum suave »

 

 Les facultés d’associations, de perception et d’imagination sont mises en valeur. L’expérience personnelle du petit personnage est tout aussi importante car sans son vécu, son expérience des choses il ne pourrait établir de tels rapprochements entre les couleurs et des sens autres que la vue. Le texte parvient même à une association de sensation a priori peu assemblables : « le bruit frais de mes pas dans la neige » , un bruit ne donne pas de sensation de toucher et pourtant il est frais comme la neige tout comme la vue ne donne pas logiquement une sensation de bruit, de goût…etc. Les cinq sens s’appellent mutuellement, comme s’ils étaient tous liés les uns aux autres grâce à des souvenirs. C’est possible grâce à un sixième sens : l’imagination qui permet justement de concevoir ces associations de sens. Le livre fonctionne un peu comme une palette de peintre, on trempe le pinceau dans une couleur et on dessine ce que l’on veut, on exprime ce que l’on veut, ce à quoi on pense.

Ces 5 sens sont exploités également à travers les quatre grands éléments : le feu, la terre, l’eau et l’air. Les sens sont présents partout. C’est un éveil aux sens, un éveil des sens, une manière de découvrir ses sens à travers des choses simples comme les couleurs. Le lecteur qui le lira voudra faire de même. C’est ce à quoi invite la quatrième de couverture. Qu’y signifie l’expression « à lire et lire » ? Qu’il faut lire le texte, qu’il faut s’en amuser, qu’il faut s’amuser à faire la même chose mais avec sa propre imagination et son expérience des sensations, et qu’il faut le faire sans le lire en le dé-lisant , en s’empêchant de lire donc en se cachant les yeux comme le petit personnage de l’album avec sa casserole sur la tête. Le lecteur ne doit pas y être que lecteur, il doit aussi y être créateur et réécrire pour lui l’album.Un livre en noir et blanc pour que l’imaginaire puisse en voir de toutes les couleurs finalement.

Et le rire est au rendez-vous. Si déjà le trait illustratif est simple et rigolo, peu précis parfois, ou exagéré, notamment avec le grand nez du personnage, disproportionné mais qui est aussi là pour mettre en avant un autre sens que la vue, ce qu’on trouve dans les illustrations est parfois assez loufoques : quel est cet animal biscornu, mi-oiseau, mi-chien ou chat, aux oreilles différentes qui accompagne le petit personnage tout au long de ses aventures ? La casserole sur la tête, le jonglage avec les oranges, le poisson avec les grosses dents…tous ces éléments comiques égayent de manière très saillante les illustrations en noir et blanc. L’évocation de la couleur orange en y associant le goût des oranges joue à la fois sur l’évidence et l’homonymie tout en permettant de travailler sur le pourquoi du comment une orange s’appelle une orange. La fin est très drôle également, le personnage saute dans son lit pour parler du noir : c’est l’heure de dormir. On termine sur une double page toute noire en fond avec un « CLIC ! » blanc qui clôt l’album de manière nette et inattendue.

 Du point de vue de la qualité de la langue, le vocabulaire est riche , relativement soutenu et intéressant, il joue sur les synonymes, les mots etc. J’aime beaucoup l’expression « le murmure silencieux qui m’enveloppe » pour exprimer le bruit de l’eau quand on est à l’intérieur. C’est très poétique et très évocateur. Malheureusement, il y a une faute de conjugaison dans la dernière page : « je me met » sans le « s », désinence de la première personne, c’est assez étonnant…faute de frappe sûrement.

Evidemment l’album ouvre à de nombreuses pistes pédagogiques car il invite à une réécriture naturelle du récit par le lecteur qui automatiquement se rapportera à ses propres références et son imagination. Beaucoup d’activités sont envisageables : réécrire le texte avec sa propre perception des couleurs, se fabriquer une symbolique des couleurs ou encore le transposer à la musique, aux odeurs, aux goûts pour exprimer d’autres sens et travailler son imaginaire et sa créativité. Ce sera là, « délire » l’album comme l’indique la quatrième de couverture.

Il est évident qu'on pourra faire le lien avec Robert qui se penche aussi sur les sens et les perceptions différentes qu'on peut avoir du monde.

 

 

 Bref, avec des choses simples, on peut voir et créer des choses grandioses. Merci l’imagination !

Posté par wawaa à 15:05 - Littérature de Jeunesse - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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