C'est dans les nouveautés acquises par la bibliothèque d'Auch que j'ai trouvé ce tout petit bouquin tant du point de vue de la place qu'il prend que de son nombre de pages. Je ne l'ai pas ouvert, je ne l'ai pas regardé plus que ça, je n'avais pas trop le temps de m'attarder avec mes critères sélectifs. Je l'ai pris, point.

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Mais voilà, quand j'ai ouvert le livre, sur les couvertures intérieures j'ai vu plusieurs fois le mot "érotisme". Pas que cela me choquait. C'est juste qu'il n'était pas prévu au programme de mes lectures que je lise un livre à caractère érotique. Mais je suis curieuse. Et puis il n'y a pas de littérature érotique, il y a juste la littérature. C'est de la littérature, lisons.


Le livre se découpe en trois chapitres : Viol (pour bien commencer), Vengeance (pour en rajouter une couche) et Vie (parce que ça finit bien quand même !), trois V pour une belle revanche.


C'est l'histoire d'une adolescente de 17 ans, Marie-Rosella, qui vit dans les Pyrénées, et qui file le parfait amour avec Baptiste. Un homme plus agé dont elle fut amoureuse et qui était l'un de ses anciens prétendants, la viole avec un de ses collègues, le soir de Noël. Depuis elle ne pense qu'à une chose se venger. Enceinte, elle ne sait pas de qui, de ses violeurs ou de Baptiste? Sa vengeance obtenue, elle s'occupe de son fils et reprend le fil de son amour avec Baptiste.



Je tombe d'entrée sur une description absolument sensationnelle d'un 69 : ce qu'elle a de sensationnel? C'est qu'elle est jolie, pleine d'amour et de tendresse et sans vulgarité aucune. Mais nous sommes là dans une littérature un peu "érotique", pas "sexuelle", mais "érotique", adjectif dont la racine est "Eros" qui n'est autre que le Dieu de l'amour. Quelque chose de fort se dégage des mots que je lis, imparablement. Même si lire la description d'un 69 ne m'intéresse guère en général, je reste accrochée à ce texte si prenant, si bien écrit, fort de tendresse. Si…vrai? Cette description se trouve dans le chapitre intitulé "Viol". Etrange. Mais voilà, la description terrifiante du viol arrive. Les deux descriptions s'entrechoquent comme pour faire ressortir de chacune les aspects.


Marie-Rosella se retrouve donc couchée sur la neige baignée de son sang. Violée. A demi-éteinte. Elle ne pense qu'à une chose, se venger pour revivre. C'est à l'aide d'une dameuse qu'elle fera vivre l'enfer à ses agresseurs qui devront courir pour ne pas se faire écrasé et qui y passeront, comme elle y est passée. Elle leur fait subir à eux aussi cette longue souffrance, cette éternité qu'elle a eu l'impression de vivre lors du viol. Mais en elle grandit la vie. Elle ne sait pas de qui. Mais Jean-Loup naît, et c'est dans le dernier chapitre "La vie" que Marie-Rosella raconte sa vie de mère. Baptiste semble avoir été désigné comme le père définitif puisque dans les dernières pages elle parle de "notre ange".


Revenons sur le titre. La Dameuse. Remarquons d'abord que la Dameuse est une machine qui sert à resurfacer les pistes enneigées et donc à remettre les choses en ordre. Marie-Rosella remet les choses en ordre en se vengeant avec la Dameuse. Remarquons ensuite que l'engin a à l'avant un dispositif en V. Tiens donc ! V comme les trois noms de chapitre du livre : Viol, Vengeance, Vie.  Ce V si présent et symbole d'enthousiasme dès le début du livre quand elle le mime avec les doigts en apercevant l'un de ses amis. Mais je crois surtout qu'il est le symbole de la Vie car c'est vers la Vie que le livre Va…



A la lecture de quelques critiques sur le net, certains n'ont pas aimé cet érotisme taxé "d'idyllique". Mais j'en reviens à l'étymologie même du mot "érotisme". Littérature érotique et non pornographique ou "libertine". Et pour ceux qui pourrait faire l'amalgame, ce n'est pas du Arlequin, ce n'est pas du piètre téléfilm niaiseux de l'après-midi. Il y a quelque chose de fort. Mais chacun n'a peut être pas la même manière de recevoir et ressentir les choses.


D'autres s'attaquent au volume du livre : trop petit, trop court, intrigue survolée. Et pourtant, tant de choses sont dites en si peu de page! Tant d'émotions, sensations, sentiments, impressions, pensées, réflexions se mêlent autour de chaque phrase ! "Survolé" malgré tant d'implicites , de détails ? J'aurais plutôt dit qu'il s'agissait là d'une prouesse littéraire ! De la densité ! Du corps! De l'âme. Un peu comme un bon vin. Un petit verre suffit pour exciter les papilles.