C'est lors d'une conversation avec un vieil ami du Lycée que j'ai eu envie de lire du Anna Gavalda. J'avais déjà entendu parler de cette auteure via des supports médiatiques et il est vrai que la commercialisation de ses ouvrages en grande quantité dans les supermarchés ne me donnait pas vraiment envie de la lire. Finalement, pour 4 euros 90, je me suis offert Je l'aimais et je ne regrette pas mon choix.

413DA0MQPML


Les critiques vont bon train sur cet ouvrage. Certains trouvent ce livre vide. "Il ne s'y passe rien". Il est vrai qu'il n'y a pas une action fulgurante avec des cervelles qui volent, des nains guerriers ou des chevaliers triomphants ou des amours tonitruantes. Ce qui donne l'occasion à quelques lecteurs de taxer ce livre de somnifère puissant, interminable malgré ses 155 pages. Je peux concevoir qu'on ne puisse pas apprécier cette littérature essentiellement émotionnelle et j'oserai dire philosophique.


Adrien a quitté Chloé pour une autre femme, l'abandonnant elle et ses filles. Chloé est alors emmenée par son beau-père à la campagne: celui-ci finit par lui raconter comment il est passé à côté de la femme de sa vie qui n'était autre que sa maitresse pour laquelle il n'a pas eu le courage ou la lacheté de quitter sa femme Suzanne à l'époque…


Nous avons donc un face à face entre deux personnages qui ont en point commun le vécu adultère mais à une place différente du triangle amoureux. Pierre est l'homme adultère, Chloé est la femme trompée. Mais le fait qu'ils ne soient pas un couple leur permet d'échanger avec sincérité leur ressenti de manière objective et de pouvoir se mettre à la place de l'autre. Ce sont deux personnages à la fois très forts et très faibles : Chloé résiste dramatiquement à ce mal que lui a fait Adrien, Pierre a réussi a survivre à sa rupture avec Mathilde sa maîtresse dont il était fou amoureux tout en se taxant de "lâche" de n'avoir pas su lui offrir la vie qu'elle méritait avec lui.


Les premières pages sont troublantes. On tombe in media res dans l'univers des personnages, si bien qu'on se mélange un peu les pinceaux. Mais cette confusion permet aussi de nous motiver à continuer la lecture pour comprendre et s'approprier l'intrigue. On se laisse emporter ensuite par les paroles de Pierre. Pardon, je me suis laissée emporter, personnellement. Il y a une histoire celle de Chloé et une contre-histoire qui vient contrebalancer tout ce qu'on peut penser dès le départ : "Quel salaud cet Adrien !". Mais finalement quand on s'attarde sur le témoignage de Pierre : "Adrien avait surement ses raisons". Egoïsme, courage et passion se mêlent et font voir les choses d'une autre manière à une époque où il est monnaie courante que les couples se séparent pour d'autres amours, alors qu'avant tout était beaucoup plus camouflé, ce livre est sans doute une belle réflexion sur les sentiments qu'on ne doit jamais prendre à la légère et ne pas nier au risque de mener une fausse vie et de regretter de ne pas avoir agit autrement.


D'un point de vue stylistique ce n'est pas du Proust, ce n'est pas du Balzac, ce n'est pas de la littérature élégante, et tant mieux ! Anna Gavalda nous parle simplement mais habilement et délicatement. Pas de fioritures. Du vrai et de la vie. Il n'y a pas d'intrigue comme dans d'autres romans, pas de paroxysme, pas de suspense, pas d'événements perturbateurs. Mais il y a de l'intrigue de vie. A lire et à réfléchir. Je la classe parmi mes auteurs préférées donc, mais Annie Ernaux est toujours en tête de liste !



Et toujours des considérations onomastiques sur Gersicotti Gersicotta !